lundi 20 novembre 2017

« Les paradis fiscaux, c'est terminé ! »


The Queen aurait investi 11 millions d'euros aux îles Caïmans et aux Bermudes ! Comble de l'ironie, David Cameron avait placé la lutte contre l'évasion fiscale au cœur de sa présidence 2013 du G8. La City abritait alors 2 500 billions d'euros de dépôts offshore ! Quatre années plus tard, le total des avoirs détenus dans des paradis fiscaux atteindrait 7 900 billions d’euros… Are you shocked ? Il circule de par le monde des capitaux sans qu'on en sache rien ou pas grand chose. Les grandes multinationales (Nike, Apple, Facebook) et les grandes fortunes profitent de mesures d'optimisation fiscales pour placer légalement une partie de leurs avoirs dans des comptes offshore. Selon l'économiste Gabriel Zucman, l'évasion fiscale coûterait 20 billions à la France.

En 1998, la Mission d'information parlementaire déclarait : « A l'heure des réseaux informatiques d'Internet, du modem et du fax, l'argent d'origine frauduleuses peut circuler à grande vitesse d'un compte à l'autre, d'un paradis fiscal à l'autre, sous couvert de sociétés offshore, anonymes contrôlées par de respectables fiduciaires généreusement appointées ». En juillet 2 000, l'Organisation pour la Coopération et le Développement annonçait qu'elle prendrait des mesures utiles contre les pays qui maintiendraient le secret bancaire. En 2001, le Groupe d'Action Financière (créé lors du G7 de Londres en 1999) dressait deux listes des pays les moins coopératifs en matière de lutte contre l'argent sale. Liste noire : les Bahamas - îles Caïmans - les îles Cook - La Dominique - Israël - Liban - Liechtenstein - îles Marshall - Panama - Niue - Nauru - Philippines - Russie - St Vincent Grenadines - St Kiits et Nevis. Liste grise : Antigua Barbuda - Belize - Bermudes - Îles vierges - St Lucie - Samoa - Chypre - Gibraltar - Guernesey - île de Man - Jersey - Malte - Monaco - Île Maurice.

L'ensemble des paradis fiscaux représentait 4 000 banques offshore et deux millions de sociétés relais ou écran qui drainaient plus de 5 000 billions de dollars. L'administration fiscale française considérait comme paradis fiscaux : Andorre, Autriche, Campionne, Grèce, Irlande, le Vatican, le Luxembourg. Autres pays parfois pointés du doigt : Jordanie, Hong-Kong, Costa-Rica, Émirats, Liberia, Nouvelles-Hébrides. Si nombre de ces pays ont disparu de la liste établie par le GAFI, la situation est loin d'être apurée. Il suffit qu'une seule grande puissance financière ait un intérêt à conserver un paradis fiscal dans son giron pour se livrer elle-même à des transactions douteuses. Les exemples ne manquent pas : l'affaire des vedettes de Taïwan, la livraison d'armes à l'Iran, l'implication de la banqueroute de la Bank of credit and commerce international, etc. Les banques du koweït et d'Arabie Saoudie bénéficient d'une immunité souveraine liée aux familles elles-mêmes régnantes (cela est en passe de changer).

Si l’optimisation fiscale permet de payer le minimum d’impôts dans un pays tiers, l'origine des fonds alimentant l'évasion fiscale (illégale) est très diverse : trafics en tous genres (êtres humains, armes, produits, œuvres d'art, armes, etc.) - Racket, chantage, extorsion - Contrebande (produits à forte valeur ajoutée) - Criminalité violente (attaque à mains armées, enlèvements) - Criminalité astucieuse (escroqueries, détournement de subventions, fraude fiscale) - Pots de vin, commissions occultes - Caisse noire de partis politiques, société, États - Détournement d'embargo, de fonds à des fins personnelles, transmission d'héritage, etc. Les activités de blanchiment représentent une activité importante de l'économie. Quand un délinquant prend une licence bancaire, cela engendre des revenus pour l'État, et quand un criminel crée un réseau de sociétés de façade, il « monte » de véritables sociétés. Ces sociétés créent des emplois, paient des charges, et les États hébergeurs tirent profit de cette économie délictuelle. La notion de paradis fiscal repose sur le principe de la souveraineté nationale des États. Paradoxalement, c'est la dérégulation et une législation des grands pays qui sont à l'origine de ces paradis fiscaux. Chaque grande zone a les siens, les Caraïbes pour l'Amérique du Nord, les îles Anglo-normandes et les micros-états pour l'Europe, et le pacifique pour l'Asie. Les capitaux déposés dans le giron britannique (les Caïmans, îles anglo-normandes, Man, îles Vierges britanniques, Gibraltar, Hongkong, Irlande ou Dubaï), approvisionnent la City. En France, le régime de défiscalisation et celui des niches fiscales sont assimilables à de micro paradis fiscaux.

Certains États ne classent pas cette lutte au rang de leurs priorités nationales, la combattre reviendrait à écrouler tout un pan de l'économie du pays. La crise financière survenue à Chypre en mars 2013 a montré comment un système offshore (Les affaires ne transitant pas par le pays d'accueil, cela évite qu'un nom de fondateur ou d'administrateur n'apparaisse) peut avoir des répercussions énormes sur la stabilité d'un État. En dehors des traités bilatéraux (la France a signé près de 1000 traités de par le monde), toute enquête n'est possible qu'avec l'accord de l'État d'accueil, et plusieurs pays estiment qu'ils ne peuvent être tenus pour responsables des systèmes fiscaux en vigueur dans d'autres pays, toute demande d'enquête se heurte à une fin de non recevoir ou à un manque d'alacrité certain. D'autre part, l'entraide judiciaire entre certains pays reste très encadrée. Il faut, et ce même en matière de terrorisme, que le montage financier vise une escroquerie en matière fiscale. La coopération recèle parfois des chausses trappes. À propos du secret-défense invoqué dans l'affaire Elf, les juges Français ont demandé à leurs homologues suisses au titre d'une convention du 22 mars 1972 signée entre la « Sécurité militaire » et la section du maintien du secret auprès de l'état-major helvétique, fixant une équivalence des niveaux de protection entre les deux pays, la communication des documents en leur possession. En effet, cette équivalence ne concerne que les échanges d'informations entre les deux armées et ne saurait s'appliquer à un contrat commercial...

Une première idée qui vient à l'esprit pour lutter contre l'argent « sale », la mise en place d'un système financier reposant sur des chambres de compensation qui permettraient de suivre les flux financiers, mais la mesure resterait insuffisante. Chacun sait que les financiers sont toujours à l'affût de capitaux, aubaine que les criminels de tout acabit s'empressent d'en profiter. Il ne faut donc pas s'étonner de retrouver sur les marchés spéculatifs (le Monep pour ne pas le citer), une importante partie de ces sommes, marché sur lequel l'argent va perdre ses origines douteuses et réapparaître au grand jour légalement.

Un système beaucoup plus ancien peut aussi être utilisé pour effectuer des transferts de fonds anonymes, la « Hawala ». Cette pratique basée sur la confiance remonte aux empereurs de la Chine ancienne afin d'éviter aux commerçants empruntant la route de la soie d'être " dépouillés " de leur argent. Une personne dépose une certaine somme chez un agent de change qui lui remet un reçu numéroté anonyme (une lettre suivie de quatre chiffres pour les sommes inférieures à 500 $), et un mot de passe. Il suffit ensuite à l'agent de change d'avertir son correspondant par e-mail ou par fax pour qu'un tiers puisse se présenter et retirer les fonds, soit en présentant le reçu numéroté, soit en révélant le mot de passe. La transaction effectuée est aussitôt effacée. Bien que cette pratique soit illégale dans nombre de pays, elle n'en constitue pas moins tout un pan de leur économie. Au Pakistan, on estime à plusieurs milliards de dollars le volume de ces transactions qui sont « noyées » avec celles des travailleurs indiens, pakistanais, philippins et du sud-est asiatique émigrés.

Quel que soit le type d'activité, légale ou illégale, dès qu'elle atteint une certaine ampleur, on a recours à un ensemble de sociétés légales qui permettent de dissimuler les revenus d'activités, d'en disposer légalement après blanchiment. Dans une chaîne délinquante, seules les personnes à la base de l'activité illicite doivent blanchir les capitaux, les intermédiaires n'ont pas ce souci. Leur activité économique et de façade étant tout ce qu'il y a de plus légale, ils perçoivent leurs honoraires qui constituent leur chiffre d'affaires. Pour dissimuler les transferts de capitaux, on crée de véritables sociétés qui serviront de paravent à travers un montage complexe de sociétés relais. Ce qui intéresse ces sociétés de papier, ce sont les registres de commerce, le papier à en-tête, les comptes bancaires, et les possibilités offertes pour les transferts de capitaux. Il devient possible de commercer en établissant de fausses factures, en surestimant ou sous-estimant les montants de celles-ci pour que la différence ou le bénéfice réalisé sur la TVA puisse être déposé au passage sur un compte secret. Cela est encore rendu plus facile par les zones franches exemptes de contrôles douaniers et fiscaux, qui permettent la re-facturation à l'exportation. Les zones franches de certaines banlieues Françaises sont de mini paradis fiscaux que les gangs locaux peuvent mettre à profit pour bénéficier d'exonérations fiscales et sociales en provenance d'argent sale. Il s'agit parfois simplement d'un jeu d'écritures, puisqu'il n'y a aucune marchandise en circulation.

Une technique resplendissante de simplicité, le faux procès. La somme à blanchir est déposée sur un compte dans une banque offshore en attendant de servir de règlement à un procès monté de toute pièce. La société qui veut rapatrier les fonds intente un procès à la société détenant les capitaux, bien souvent, un arrangement à l'amiable est négocié entre les avocats et la justice. La société perdant son procès verse ensuite les sommes convenues à l'autre partie. La société qui aura gagné le procès n'aura même pas à payer d'impôts sur les sociétés. Le bénéfice est donc supérieur à ce qu'il serait avec des fonds sur lesquels il aurait fallu s'acquitter des impôts sur les sociétés ! On peut tout aussi bien avoir recours à des sociétés offshore situées dans un paradis fiscal. La réglementation permet l'implantation de banques, compagnies d'assurances, sociétés relais ou écran, l'ouverture de compte à chiffre anonyme. Les sociétés panaméennes ont été fréquemment utilisées en Suisse en raison de la possibilité à pouvoir utiliser les deux sigles SA ou AG. Pour semer ensuite la confusion, il suffit que la société mentionne une ville et de supprimer la mention du siège à Panama ! Pendant longtemps, il fut possible de créer rapidement et par Internet, une société pour quelques milliers de dollars ! (forfait pour les impôts et 600 dollars de frais de gestion).

Cette guerre occulte sur les places financières a aussi des morts. Le 15 mai 2001, l'administrateur d'une société suisse décédait dans l'explosion de son véhicule. Les policiers avaient dû protéger l'« homme qui valait 7 milliards », un informaticien monégasque employé par HSBC à Genève qui avait dérobé les données clients couvrant 2006-2007, et d'offrir ses services pour décrypter le « shadow banking » (marché financier parallèle) qui « transforme la planète en casino et facilite le blanchiment d'argent sale ».

Pour Pascal Saint-Amans : « La solution est politique : concrètement, comment convaincre par exemple les Irlandais d'accepter une "frontière fiscale" avec les îles Caïmans ?  Que leur proposer pour qu'ils cessent d'être un cheval de Troie des paradis fiscaux ? (...) Il faudrait qu'Emmanuel Macron et Angela Merkel se mettent d'accord pour nettoyer le truc. Qu'ils mettent les vraies questions sur la table, qu'ils disent aux Néerlandais, aux Irlandais, aux Luxembourgeois que la situation n'est plus tenable, et que si rien ne change, il faut s'attendre à d'autres Brexit. »


mercredi 1 novembre 2017

La psychologie de l'aveu & l'erreur judiciaire

Le 17 mai 1983, le corps de madame Seban est découvert dans la penderie à son domicile de Caderousse (Vaucluse). Elle a été tuée par un projectile 22LR tiré avec la carabine appartenant à son mari. Les soupçons se portent rapidement sur Philippe Gantois, légionnaire au 1° Régiment de cavalerie d'Orange. Son frère et sa belle-sœur signent le PV dans lequel y est écrit que Philippe leur a confié être l'auteur du crime. Le 6 mars 1985, le frère et la belle-sœur reviennent sur leur déposition, ils affirment devant le tribunal que les gendarmes les ont menacés de les incarcérer et de placer leur enfant à la DDASS ! Gantois revient lui aussi sur ses aveux, d'expliquer que les gendarmes l'ont frappé et menacé de le torturer à l'électricité avant de le jeter dans le Rhône ! Le jury condamne cependant Gantois à 15 années d'emprisonnement ! La Cour de Cassation ayant annulé le jugement, un nouveau procès eut lieu les 20 et 21 juin 1986 devant la Cour d'assises de l'Isère. Les défenseurs de Gantois firent le procès des investigations conduites par la gendarmerie et parvinrent à faire reconnaitre l'innocence de leur client.

Cette affaire sera à l'origine de la réforme judiciaire permettant aux condamnés d'interjeter appel devant une Cour d'assises. En se fourvoyant et en accusant à tort un innocent, la justice n'a plus à rechercher le véritable coupable. « Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que condamner un innocent » (Voltaire). Les droits de l'individu sont souvent bafoués lors d’un interrogatoire et les conditions de son déroulement ébranlent la personnalité et les capacités de n'importe quel citoyen. Le moindre signe de faiblesse sera exploité pour le manipuler et prendre l'ascendant sur son esprit.

Le policier doit faire parler la personne afin d'obtenir d'elle des informations qu'elle a peut être l'intention ou intérêt à taire. L'interrogateur est un acteur qui écrit ses propres dialogues et joue différents rôles, il peut se transformer en « père », en juge, en « grand-frère », etc. L'interrogateur doit motiver la personne interrogée afin d'en obtenir la coopération la plus complète possible. L'interrogateur commence par se situer socialement à l'autre, cela se fait généralement par le rapprochement de points communs qui ne servent qu'à briser la glace et à faciliter la prise des repères sociaux. La collaboration pleine et entière de la personne auditionnée n'est jamais acquise totalement ni définitivement. Des réticences, voire une résistance nouvelle peut apparaître surtout s'il s'agit de questions embarrassantes appartenant au domaine de sa vie privée. La collaboration peut être partielle, sélective, déniée et remise en cause devant le juge d'instruction ou le tribunal.

L'état émotif peut parasiter l'interrogatoire, l'interrogé formule des réponses évasives, fait montre d'une difficulté à fixer son attention, ne parle que pour son propre compte, ou bien est incapable de répondre : étranger, muet, ou muré dans le silence. Le mutisme peut être absolu, partiel, continu ou intermittent, volontaire ou involontaire. L'intelligence a un effet sur les capacités de jugement, le raisonnement, l'attention, et une répercussion sur la capacité d'imagination, imagination qui peut être diminuée, accrue, pervertie (erreur, délire). Le langage est généralement associé à l'intelligence, l'interrogateur peut y déceler des éléments significatifs de la personnalité (prétention, timidité, etc.). En ce qui concerne la modification de la voix au cours de l'interrogatoire, cela peut traduire le trouble, le doute, la crainte ou trahir l'histrionisme.

Le choc de l'arrestation peut suffire chez certains à déclencher une bouffée délirante ou un état maniaque : mégalomanie, humilité, indignité, auto-accusation, persécution, jusqu'alors passé inaperçu. Une personne souffrant de confusion mentale éprouve l'incertitude et présente une désorientation dans le temps et l'espace, ses réponses peuvent être : vagues, embrouillées, incohérentes, et elle éprouve la plus grande difficulté à fixer son attention. La logorrhée peut venir contaminer l'inter-relation et l'interrogé confondre les périodes, les faits, les lieux. Un étude de Binet a établi que les erreurs dans un interrogatoire peuvent osciller entre 26 et 60 % !

La mémoire d'un individu peut être exagérée, diminuée, être plus ou moins sélective pour n'atteindre que certaines parties du vécu, pervertie (jamais vu, déjà vu, déplacement dans le temps, lieux), abolie (amnésie globale ou lacunaire pouvant favoriser une affabulation ou suggestibilité). L'impossibilité à se souvenir d'un acte, de la chronologie de son exécution est souvent le signe d'obtusion, d'obnubilation, ou d'une amnésie de fixation, sans oublier les dysfonctionnements ou infirmités, le sourd ne peut parler de ce qu'il a entendu, ni l'aveugle de ce qu'il a vu.

Les interrogateurs vont tenter de susciter chez l'individu le désir de parler, de s'expliquer, de se justifier. Tout enquêteur sait que la première chose à faire pour inciter une personne à parler est d'entraîner chez elle un état de dissonance cognitive en l'obligeant à soutenir, en même temps deux idées ou deux opinions inconciliables, comme l'honnêteté et la déshonnêteté, le bien et le mal, etc., (études de Festonner et Carlsmith). La situation étant désagréable, l'individu cherche à faire disparaître la tension par tous les moyens à sa disposition, et cela lui sera d'autant plus facile que l'interrogateur va lui proposer des circonstances minorantes : « parlez, le juge en tiendra compte, à votre place j'aurais agi de même », etc., et la tension du moment venir s'opposer à tout auto-contrôle

L'interrogatoire est une situation limite dans laquelle l'interrogateur est à l'origine chez l'interrogé de mécanismes de défense plus ou moins bien adaptés à la situation. L'enquêteur qui empêche un citoyen de quitter le commissariat, d'aller aux W-C, de fumer, de se reposer, etc., contribue à l'apparition d'un stress actif externe, tandis que la tension psychique entre les besoins contradictoires (la gêne à mentir par exemple) peut être à l'origine d'un stress interne.

L'attitude psychologique de l'un ou l'autre des protagonistes peut transformer la situation, et l'interrogé de traduire :
  • une attitude hostile empreinte de colère dirigée vers autrui ;
  • se culpabiliser et retourner l'agressivité vers lui ;
  • une réaction d'embarras en cherchant à concilier les différents points de vue en cause.
La réaction de l'individu peut se modifier au cours de l'interrogatoire. L'individu peut commencer par se culpabiliser, puis agacé par la situation, son agressivité apparaître et entraîner une réaction hostile. L'inverse est tout aussi possible. D'autre part, un individu peu combatif, naïf, immature pourra ne pas prendre parfaitement conscience de ce qu'il risque et se « déboutonner ».

Voici la sainte trinité de nombre d'interrogateurs pour déstabiliser l'interrogé : la culpabilité qui va entraîner une mauvaise conscience - la faute qui est susceptible d'entraîner la honte - la crainte ou la peur. Rappelons que la culpabilité naît du non respect d'une loi, tandis que la honte serait plutôt une entorse à la loi morale capable entraîner à son tour une douleur morale. Il est possible d'avoir honte sans pour cela éprouver la moindre culpabilité. Les raisons pour entraîner la honte chez l'interrogé ne manquent pas : utilisation de certains comportements connus de sa vie privée, l'obliger à laisser la porte des toilettes ouverte et placer un garde pour le surveiller, utiliser une infirmité, un complexe, faire rejaillir sur lui la honte d'une famille, lui faire éprouver la honte d'avoir honte. L'individu peut aussi se sentir honteux de s'être laissé piégé ou d'avoir peur. La honte est une arme redoutable, puisqu'il est possible d'entraîner chez une personne un sentiment de honte alors qu'elle pensait faire le bien.

« La situation n'a de réalité que par la représentation que l'on s'en fait et de la propre estime que l'on a de soi. » Pour éprouver de la culpabilité, point n'est besoin que l'interrogé ait transgressé les lois, il suffit qu'il est transgressé un interdit, ne fusse que culturel. La culpabilité naît d'un conflit entre le Moi et le Sur moi. L'individu peut aussi ressentir cette culpabilité d'avoir peur comme une faiblesse et ne pas tarder à avoir honte de se sentir coupable. On notera que l'appartenance éthique a une répercussion sur le ressenti de la honte ou de la culpabilité. Les civilisations africaine et asiatique seraient plus sujettes à la honte, et la civilisation occidentale à la culpabilité.

Les policiers sont susceptibles d'employer plusieurs techniques, en voici quelques-unes :
Le Choc psychologique : la personne arrêtée qui est sous l'emprise d'un choc émotionnel est interrogée immédiatement.
La Perte de dignité : le fait que le suspect se voit privé de ses lacets, ait été dépossédé de sa cravate, sa ceinture, ses lunettes, et soit passé à la fouille, voilà déjà de quoi le diminuer psychologiquement et lui faire comprendre qu'il ne tient qu'à lui que cette situation ridicule ne cesse.
Le Feu rapide : l'interrogateur pose des questions les unes derrière les autres sans attendre les réponses du suspect pour le déstabiliser et à le frustrer de la parole coupée. l'interrogé va être sur la défensive et finir par se contredire.
La Provocation : technique blâmable qui vise à provoquer le suspect pour qu'il commette une faute (coup et blessure, rébellion, bris de matériel), faute qui deviendra un atout policier.
Les Remords : reposent sur le sentiment de culpabilité d'avoir fait quelque chose de mal chez les personnes socialisées ou religieuses. « Comment pourrez-vous vivre avec un tel pêché sur la conscience ? » Inutile de dire que cette approche ne fonctionne pas avec des psychopathes ni avec des individus ayant des valeurs diamétralement opposées.
Prouvez votre innocence ! : On dit à l'individu qu'on ne le croit pas et qu'il lui revient de livrer des détails prouvant ce qu'il avance.
Promesse mensongère : approche blâmable, un fonctionnaire de police ne dispose d'aucun moyen pour tenir certains engagements. L'affaire sera instruite par le juge d'instruction et ensuite débattue contradictoirement devant le tribunal. En aucun cas les magistrats se sentent engagés par les promesses des policiers.
La fatigue : le suspect est appelé au milieu de la nuit pour être interrogé quelques minutes avant d'être renvoyé en cellule, pour de nouveau être rappelé quelques instants plus tard, ou lui fait tenir une position fatigante.
Audition à décharge : l'enquêteur dit que son audition est à décharge ou qu'il ne lui appartient pas de juger. Il tente de réunir les éléments en faveur de l'interrogé et semble disposé à atténuer la responsabilité.
La Crainte des retombées : elle s'appuie sur la « publicité » que l'acte va déclencher sur l'interrogé, ses proches, ses affaires, et qu'il est préférable de parvenir à une solution.
La Dramatisation : l'interrogateur tient un discours paternaliste : « Si vous êtes vraiment coupable, vous allez avoir besoin d'un bon avocat, et pas n'importe lequel. Il faudra prendre le meilleur qui soit pour avoir une petite chance de ne pas en prendre pour le maximum. Si vous êtes innocent, cela va vous conduire à jeter l'argent par les fenêtres, et le juge pensera peut être que pour prendre un bon avocat, c'est que vous êtes impliqué lourdement, et renoncer à un ténor, c'est aussi la certitude d'en prendre pour le maximum. Il ne tient qu'à vous de minimiser votre participation, c'est de me raconter l'histoire ».
A la limite des conventions humanitaires : sous alimentation, retarder les besoins naturels, de soins, privation de sommeil, privation de tous ses vêtements, l'isolement, le respect d'un règlement mesquin dont la moindre omission entraîne des sanctions, des brimades, voire des sévices.

Certaines de ces pratiques peuvent conduire la personne interrogée à l'auto-mutilation ou au suicide. Parmi les individus les plus à risque : l'intoxiqué, le drogué, le mélancolique, l'halluciné, le mystique, l'épileptique, le déséquilibré. Des signes précurseurs peuvent exister : refus d'alimentation, mutilation, avilissement, prosternement, phrase en suspens. Le calme apparent de l'individu peut être le signe d'une décision déjà prise. Un seul moment d'inattention suffit pour le passage à l'acte.

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dimanche 22 octobre 2017

L'arme équipée d'un silencieux sera-t-elle la nouvelle arme du « Diable » ?


Le 1 octobre 2017, Stephen Paddock qui occupe une chambre au 32° étage du Mandalay Bay de Las Vegas (Nevada) tire à l'arme automatique depuis sa chambre après en avoir brisé deux vitres, sur la foule distante de 360 mètres venue assister à un concert de country. La fusillade va durer une dizaine de minutes et le tireur tuer 59 personnes et en blesser 515 avant de se suicider, mettant ainsi un terme à son carnage. Hillary Clinton a déclaré : « Imaginez le nombre de morts si le tireur avait eu un silencieux comme la National Rifle Association veut en faciliter l'obtention»

Les utilisateurs de silencieux se trouvent repartis dans plusieurs catégories : les tireurs sportifs qui ne veulent pas troubler le voisinage, ceux qui ne veulent pas finir sourds, les snipers et tireurs d’élites des groupes d'interventions qui ont parfois pour mission de neutraliser une personne sans que ses complices puissent deviner d’où le coup est parti, catégories auxquelles viennent s’ajouter les personnes aux motivations peu avouables : braconniers, criminels et psychopathes.

Bien que le terme silencieux ne fasse pas l’unanimité chez les puristes, ces derniers préférant le terme de modérateur de son car le son n’est pas totalement supprimé mais seulement réduit, nous l’emploierons l’un pour l’autre en sacrifiant à l’usage. Le silencieux permet non seulement de réduire le bruit qui sera d’autant plus masqué que le bruit ambiant sera plus élevé (si l'arme du tueur avait été pourvue d'un « silencieux », le bruit du concert aurait couvert le bruit résiduel, mais certainement pas pour l'occupant d'une chambre voisine) - il altère le son en le rendant moins significatif - rend la localisation plus difficile - fausse l’appréciation de la distance d’où le coup est parti. D'autre part, le silencieux se comportant comme une cavité résonnante, va modifier la fréquence initiale de l’explosion (voisine de 700 Hz pour un fusil et du double pour un pistolet). Cette modification plus ou moins prononcée contribue à la non-reconnaissance d‘un tir lorsque la distance est supérieure à une cinquantaine de mètres, phénomène en cause lors de l'attentat du président J.F.K. A noter que le silencieux tient lieu de cache-flamme de bouche, flamme qui pourrait trahir l’emplacement du tireur. Contrairement à une idée répandue, un tireur formé correctement ne se placera jamais dans l'embrasure d'une ouverture...

Le véritable développement d'une arme à feu silencieuse apparaît lors de la Seconde Guerre mondiale. Les commandos ont alors besoin d'une arme capable de tuer une sentinelle à distance (fusil de Lisle). Si les commandos avaient besoin d'une arme d'épaule, les agents opérant en territoire occupé avaient eux besoin d'une arme de poing, cela donnera le pistolet silencieux Welrod. Le silencieux est constitué du canon ajouré de l'arme, suivi d'une chambre « élastique » composée de rondelles de caoutchouc percées en leur centre, le tout entouré d'un manchon métallique. Il s'agit d'une arme à répétition manuelle disponible en trois calibres : .32, 9 mm et .45. Le principe à répétition manuel a été retenu pour sa fiabilité de fonctionnement, car l'adjonction d'un silencieux réduit la pression des gaz qui peut devenir insuffisante pour faire reculer la culasse et être à l'origine d'un incident de tir (il faut réduire la force du ressort récupérateur).

L'adjonction d'un silencieux n'est pas sans avoir une incidence sur la puissance de la munition utilisée. La balle en calibre .45 voit sa vitesse réduite à 200 m/sec, son énergie tomber à 14 kgm (environ 140 joules) et son niveau sonore à 120 dB. L'énergie disponible restante est inférieure à celle d'une .22 LR subsonique ! La guerre terminée, la Central Intelligence Agency va doter ses tueurs et ses pilotes d'un pistolet silencieux semi-automatique High Standard en calibre .22, arme qui équipe aussi nombre de snipers pour assurer leur sécurité personnelle. Contrairement à ce que nous montre le cinéma, l‘utilisation conjointe revolver-silencieux est quasi inutile, les gaz refoulés vers l’arrière s’échappent par la feuillure du canon et du barillet.

L'utilisation conjointe d'un silencieux sur une arme automatique n'est possible qu'avec une arme ayant reçu des modifications lors de sa fabrication (troisième génération ou plus). Pour l’utiliser un silencieux sur une arme disposant d'une grande cadence de tir utilisant des munitions à grandes vitesses, il convient de réduire la pression des gaz en les laissant s’échapper via une série d’orifices pratiqué proche de la chambre de la culasse ou le long du canon. Une arme utilisée avec un silencieux et dépourvue de ces aménagements refoule une partie des gaz vers le visage du tireur ! La mise au point en reste délicate, car l’emplacement, le nombre, le diamètre, et l’inclinaison des orifices sont critiques.

Les bruits générés par une arme à feu sont liés à trois phénomènes distincts : les parties mécaniques de l’arme - la détonation - le déplacement de la balle dans l’air. Les cycles mécaniques d’une arme peuvent générer des bruits d’un niveau de 60 décibels, soit celui d’une conversation normale. La détonation est liée l'évacuation soudaine de l’air contenu dans le canon, phénomène acoustique en partie lié à la tolérance canon / balle, et celle du silencieux (tolérance inférieure à 1 /10 mm). L’onde de bouche est provoquée par l’explosion rapide des gaz qui se mélangent rapidement avec l’air atmosphérique et qui s’enflamment. C’est la principale source de bruit, elle peut atteindre plus de 170 dB (par comparaison, un avion au décollage fait un bruit d'environ 140 dB).

Le déplacement de la balle dans l’air est générateur de plusieurs bruits : l’onde d’irruption qui dépend de la balle (masse forme, CX, dimensions). Une balle subsonique produit durant sa trajectoire un sifflement assez fort (95 dB) qui peut être identifié à distance, si la balle est imparfaitement stabilisée, elle va générer un ronflement dont l’intensité est parfois bien supérieure au sifflement, et l’onde balistique reste liée au cône de gaz qui accompagne la balle qui se heurte aux couches d’air immobiles rencontrées sur sa trajectoire (mur du son).

Étant souvent fait référence à la notion de décibels, précisons que ceux-ci sont utilisés lorsqu’il s’agit de comparer des niveaux sonores. Les décibels ne sont pas une unité. Il s'agit d'un nombre sans dimension qui désigne un rapport de puissance basé sur une échelle logarithmique permettant de traduire les énormes différences d’intensité sonore sous une représentation linéaire. Ainsi et par référence, le seuil d’audition est de 0 dB pour un facteur d’intensité sonore égale à un. Chaque augmentation de 10 dB traduit une augmentation d’un rapport de 10. Un exemple permettra de mieux comprendre : le niveau sonore d’une feuille tombant d’un arbre correspond à 10 dB, le facteur d’intensité sonore est donc multiplié par dix. Une musique douce est de 40 dB, cela signifie que l’intensité a été multipliée par 10.000 fois. Un son de 100 dB correspond a une augmentation de 10.000.000.000, soit 1010 ! Un fusil d‘assaut produit une intensité sonore de 170 dB, 1017 ! Un exemple tactique, lors de l’intervention de groupes antiterroristes, s'il est nécessaire par de neutraliser plusieurs individus, les tirs seront simultanés. Les sources sonores étant de même intensité, l’augmentation résultante ne sera que de trois dB pour deux tireurs ou de six dB pour quatre (accroissement de trois décibels à chaque fois que l’on double le nombre de tireurs).

Un excellent silencieux peut apporter une réduction de 40 dB, mais ce chiffre se situe en général aux environs de 30 dB, ce qui correspond peu ou prou à l'atténuation offerte par une porte fermée, pour un fusil d'assaut cela représente déjà une intensité restante de 140 dB ! Par contre, la durée étant très brève, le cerveau perçoit ce pic sonore différemment d’un son continu. Les muscles des tympans destinés à réduire la transmission des sons lorsque ceux-ci sont trop élevés, agissent automatiquement pour protéger l’oreille. Il convient dans l’intensité sonore perçue, de prendre en compte la distance de la source sonore. L'affaiblissement du son en fonction de la distance correspond à 20 fois le logarithme de la distance exprimé en mètres. Si nous avons 110 dB à un mètre de la bouche du canon, nous aurons à 300 mètres (log 2,477) une atténuation de 49 dB, soit une intensité sonore restante de 61 dB ce qui correspond au niveau sonore d'une conversation, niveau largement couvert par l'orchestre (rapport S/B).

La présence d’un silencieux accroît la dispersion des munitions, réduit leur portée, ce d’autant plus qu’il est fait usage de balles subsoniques. Il offre par contre l'énorme avantage d'introduire une difficulté supplémentaire pour la localisation de l'emplacement du poste de tir. Il existe une zone latérale de confusion, il sera impossible pour des témoins placés dans la zone arrière de localiser l’origine du tir. Seuls ceux situés dans un angle avant d'environ quatre-vingts degrés pourront avoir une idée assez exacte de l'emplacement du tireur. La température et l'altitude affectent également le niveau sonore, mais la correction reste négligeable. Pour une altitude de 2000 mètres et une température de 0 degré centigrade, la minoration sera d’environ 1 dB. Pour la perception du coup de feu il faut tenir compte : des facteurs topographiques, de la direction du vent, du bruit de fond, et de la présence d’éventuels phénomènes de réverbération sonore.

La réverbération trouve son origine dans la rencontre de l’onde sonore avec une paroi sur laquelle le son vient se réfléchir. Lors du bruit de la détonation, si l’on perçoit entre un indice visuel du tir et que l’on entende le son avec un retard d'une seconde, l’on peut déduire une distance de tir voisine de 330 m. Par contre, le son qui va se réfléchir sur des obstacles va accomplir un parcours sonore plus long, d’où la perception d’un ou de plusieurs autres sons auxiliaires. Sachant cela, il est possible qu’un tireur averti cherche à se placer de façon à bénéficier du phénomène de réverbération pour induire un doute quant à son emplacement. L'officier de sécurité ne devra jamais perdre de vue que le premier son perçu est le seul à être révélateur de l’emplacement d'un tireur embusqué, les autres n'étant guère significatifs.

Tout silencieux s’appuie sur les lois physiques régissant les gaz. Une loi universelle nous enseigne que la pression varie directement et proportionnellement avec la température. Si on diminue la température, la pression se trouve elle aussi diminuée, et vice-et-versa. Ce principe théorique a servi de postulat à un Autrichien pour déposer un brevet en 1900, mais c’est sans conteste Maxim qui a le plus participé à l’évolution des silencieux en déposant en 1907 un brevet pour un silencieux à chambres multiples. Le principe repose sur plusieurs chambres isolées dans un corps cylindrique permettant aux gaz de se détendre et de créer une série de chocs entre eux, de façon à venir se contrer mutuellement, contribuant de ce fait à en retarder la sortie. Il perfectionna son système en l’équipant de déflecteurs ayant la forme de champignons empilés les uns à la suite des autres, contribuant à réduire l’onde sonore initiale.

La carabine et le pistolet silencieux utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale reposaient sur l'effet vortex généré par une rampe hélicoïdale destinée à refroidir les gaz en créant un tourbillon creux formant une spirale. Ce principe simple de construction (il s'agit de rondelles fendues dans leur partie supérieure et écartée pour former une spirale), favorise l'apparition de fortes turbulences et allonge selon le pas de l’hélice, le trajet parcouru par les gaz en contribuant à en retarder la sortie. L’annulation de l’onde de choc se propageant dans le silencieux est accrue par deux rampes montées tête-bêche.

Pour limiter l’importance de l’onde initiale dans le phénomène acoustique, il convient d’usiner les pièces avec une tolérance mécanique la plus faible possible (tolérance H7). Si les orifices sont sur-dimensionnés, une partie des gaz va s'échapper avant la balle. Pour supprimer ce problème, l’on fait appel à des diaphragmes élastiques ou souples (Néoprène, feutre, éponge) pourvus en leur centre d'une fente en «Y» ou en «X». Après le passage de l’ogive, l'ouverture se rétracte immédiatement et ne laisse filtrer que les gaz. L’onde de bouche due à l'expansion soudaine des gaz et de l’effet détonnant responsables du pic sonore sont à l'origine de l'inflammation des résidus de combustion (cache-flamme).

Réglementer la vente des silencieux ne servirait pas à grand chose. Partant du principe qu’un silencieux fonctionne comme un pot d’échappement, certains ont modifié un pot de tondeuse à gazon en perçant un trou de part en part et en bourrant l’espace entre les chicanes avec de la laine métallique ! C’est ce principe à base de baffles que l’on retrouve sur le pistolet-mitrailleur dissimulé dans un attache case.


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lundi 2 octobre 2017

AGORAVOX, carrefour d'expression

Le média participatif Agoravox apparu il y a une dizaine d'années est un moyen d'expression dont le contributeur actuel ne saurait être apparenté à un journaliste. Le contributeur informe rarement, sa contribution consistant souvent à diffuser une opinion, un avis personnel, une humeur appartenant au domaine de la doxa ; il n'est pas rémunéré, il ne relève pas d'un code de déontologie et n'est pas titulaire de la « brême » (carte professionnelle). La participation à AV repose-t-elle sur un fond d'altruisme humaniste de partage, d'influence de l'opinion, ou la recherche d'une gratification psychologique ?

Nous sommes en présence d'un champ de pouvoir conflictuel. On devine déjà comment peuvent être les visions de chacune des personnes impliquées : le contributeur - le lectorat - les annonceurs - les donateurs - le propriétaire du média ; certains portent d'ailleurs plusieurs « casquettes ». Le contenu d'AV n'est pas seulement l'affaire des personnes mentionnées, il dépend aussi des modérateurs et des lecteurs qui s'expriment en évaluant les articles, en les commentant, et des lecteurs « silencieux » qui ont cliqué pour lire le contenu ou seulement le parcourir.

Le contributeur, proche du chroniqueur, accomplit un travail individuel, aucune rédaction derrière lui, il propose aux lecteurs de partager un thème, libre aux modérateurs de l'accepter, au site de le mettre en ligne et au lecteur de le lire ou ne pas le lire. Le « courrier des lecteurs » en instantané peut contribuer à une fertilisation croisée et venir enrichir la réflexion ou dénaturer l'inter-relation établie. Les grilles de lecture sont souvent divergentes, chacun sait que le mot arbre n'évoque pas la même chose à tout le monde, le mécanicien, le poète, le bucheron ou le botaniste en ont tous un sens connoté. Certains aigris, frustrés, envieux, semblent ne tremper leur plume que dans le fiel, pourquoi sont ceux qui ne proposent jamais un « article » ? Sommes-nous en présence de critiques émises pour ne pas avoir à reconnaitre leur mal être existentiel et que nous avons tous besoin de « juger », de satisfaire notre curiosité, voire de nous évader d'un quotidien morne et insipide ?

Gratuité ne veut pas dire désintéressement, le fonctionnement d'un site qui nécessite ne fusse qu'un seul employé, a besoin de rentrées financières, nous sommes dans une logique économique. AV fait appel à la publicité et aux donateurs pour subvenir à ses frais de fonctionnement, puis il compte sur les contributeurs bénévoles pour la fourniture des articles. Avez-vous d'autres idées à proposer à part les petites annonces et sauf à vouloir détourner AV de sa fonction première en l'accaparant ? Cette gratuité n'est pas de la philanthropie, on pourrait paraphraser maître renard, tout lecteur lit aux dépens de celui qui écrit et qui publie.

La valeur d'un article, d'un livre ou d'un magazine n'est pas le reflet de son prix, elle repose sur le contenu, sa pertinence et l'intérêt que l'on y porte. En France, on a tendance dans une certaine partie de population, à déprécier ce qui est gratuit, il nous suffit de prendre l'exemple de l'école publique... Le client qui paie pour acheter son quotidien ou magazine habituel sans mot dire (ou le maudire), a la presse qu'il mérite puisqu'il l'entretient par sa contribution sonnante et trébuchante, et qu'il ne veut pas se déjuger. Dans le cas d'AV, le contenu est offert au lecteur gracieusement, si le contenu lui déplaît, libre à lui de passer son chemin pour se rendre au bar du coin afin de deviser avec un client lambda et cracher sa vindicte. Cet aspect qui reste incontournable pour l'instant, oriente tout le contenu et « camisole » le média. Si on n'y prend garde, AV risque d'avoir atteint sa limite d'audience(plafond de verre pour être dans l'air du temps). La diversité rédactionnelle est très restreinte, toujours les mêmes et sempiternels sujets. La publication le même jour de deux articles portant sur les mêmes sujet ad nauseam et par les mêmes personnes (prennent-elle le temps de dormir ?) donne à penser que les contributeurs manquent, que la modération fait défaut ou est submergée. Il suffirait parfois de vérifier qui est le contributeur et sur quels autres sites il publie pour en dresser un portrait chinois (qui n'en a que le nom) révélateur.

Que penser de ces « auteurs » qui proposent des articles rédactionnels (pub déguisée), de la publicité pour une banque..., ou un article plagié et qui s'étonnent de ne pas être publiés ? La modération est un garde-fou rendu nécessaire, mais le contributeur évincé a besoin de comprendre pourquoi on censure son travail. Tout n'est pas encore perdu pour l'auteur de l'article refusé ou qui traîne en « modé », il peut le proposer ailleurs (ce ne sont pas les sites qui manquent s'il n'est pas trop regardant...), le poster sur son blog, ou de les compiler avant de partir à la recherche d'une maison d'édition.

On fidélise un lectorat en n'écrivant pas pour soi ni pour la masse (propagande), sauf à être soumis à son égo ou à une idéologie, mais à son adresse afin de satisfaire un « désir » en partageant avec lui des informations différentes de celles que l'on peut lire ailleurs, n'est-ce pas là une marque de respect ? Les Agoravoxien(ne)s sont une représentation d'une réalité, si on veut sortir du moule actuel et de la morosité ambiante, il faut proposer une information digne de cette appellation et pourquoi pas divertissante (l'expression need to know et le nice to know résume assez justement mon approche, j'entends déjà certains éructer), sans oublier de la hiérarchiser, ce qui n'est pas une sinécure.

Le média doit s'efforcer de « coller » aux désidérata du plus grand nombre de lecteurs, ce qui doit être possible en faisant mouliner l'ordinateur sur les thèmes, les scores de lecture et le nombre de commentateurs (pas le nombre de réactions). Les articles de vulgarisation portant sur les sciences techniques ou humaines sont tout aussi rares que les femmes qui y sont sous représentées et trop souvent vilipendées. La « tambouille » actuelle me fait penser à un pot-au-feu auquel le chef aurait oublié d'y ajouter une pincée de sel. Des alliances et des rivalités de circonstance se nouent en coulisse en absence de toute éthique. Leur credo je t'attire afin de mieux te phagocyter.

La véritable question qui se pose, comment participer à un organe démocratique non dominé par un groupe quelconque afin de ne pas étouffer la libre expression ? On ne peut demander aux seuls contributeurs de vaincre les freins à l'extension du lectorat et assurer la modération (encore faut-il disposer de suffisamment de temps, idem pour répondre aux commentaires, et à condition que le contributeur est coché la case pour être averti de chaque nouveau post...), c'est la tâche de la communauté agoravoxienne, à la fois maître et esclave du média (relire La dialectique du maître et de l'esclave, Hegel, si vous en avez le loisir). La lecture comme l'écriture est une drogue dangereuse, et pour certains d'entre-nous un remède à la « bobologie » sociétale. Quelques uns semblent venir sur AV pour soigner leurs bleus à l'âme, cela n'en signifie pas pour autant qu'il leur faille espérer des miracles, sauf à être déçus. C'est la dose qui fait le poison.

Aucun média n'inspire autant de réactions et de procès d'intention que les médias gratuits. Souvenez-vous de l'arrivée des journaux gratuits et des manifestations qui en a résulté. Les autoroutes de l'information ont créé une demande, Agoravox a créé une « niche », mais aussi et surtout une culture qui donne sens à cette aventure qui rassemble des positions divergentes parfois scabreuses, car on n'a pas appris aux intervenants venant d'horizons différents à s'écouter et à se parler les uns les autres. Petit espoir..., les médias finissent toujours par échapper à leurs créateurs et par adapter leur fonctionnement aux réalités qui surgissent, on pourrait parler d'émancipation. Avec Internet et la possibilité d'accéder à distance de n'importe quel coin du monde à un média a de quoi inquiéter, surtout s'il est gratuit, sans abonnement et qu'il permet l'anonymat (des participants ont proposé que le code indispensable pour accéder à l'espace modération ne soit plus communiqué par courriel, mais par lettre à l'adresse postale de l'impétrant et valable pour un durée déterminée afin d'assurer un renouvellement continu de la modération).

Le multimédia permet à chaque média de se surpasser et de se démarquer, ne voilà-t-il pas un beau défi a relever et une invitation au libre partage ? Aucun d'entre-nous n'est indispensable, le contributeur propose, la modération dispose, et le directeur de publication décide, mais c'est souvent courir des risques biens plus grands que de ne pas savoir en prendre.


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jeudi 28 septembre 2017

STALINE, le plus gros contributeur financier de la révolution bolchevique



Dans la matinée du 13 juin 1907, une vingtaine d'escarpes géorgiens rejoint la place d'Erevan de Tiflis (Géorgie) avant de s'y disperser, chacun de rejoindre l'emplacement qui lui a été assigné pour réaliser le plus grand hold-up d'alors. Staline a peaufiné l'attaque de la voiture transportant les fonds destinés à la Banque d'État pendant des semaines avant d'en avertir Lénine réfugié en Finlande qui a besoin de fonds afin de poursuivre son travail révolutionnaire.

Le convoi arrive soulevant un nuage de poussière, les cavaliers encadrent la malle-poste hippomobile suivie d'une voiture remplie de policiers, les hommes de mains de Staline lancent des grenades puissantes sous la malle-poste et le véhicule d'escorte, tandis que des tireurs éliminent les Cosaques de faction devant l'Hôtel de ville. Le chaos est total. Le cheval apeuré détale au grand galop, un homme a le courage de s'en rapprocher pour lancer une nouvelle grenade qui explose sous l'animal, un comparse rejoint aussitôt par un groupe de femmes appartenant à la bande, transportent les sacs dans une calèche qui file les dissimuler dans l'arrière cour d'un immeuble où une femme les récupère pour les dissimuler dans un matelas, avant d'aller le replacer sur le lit du directeur de l'observatoire de météorologie ! L'attaque a fait une quarantaine de morts et une cinquantaine de blessés, parmi les victimes figurent des Cosaques mais aussi de nombreux civils. Aucun bandit ne fut capturé, chacun de se replier par un itinéraire différent. Le « coup » a été rendu possible par un employé qui a révélé à Sosso (cryptonyme de Staline) que l'établissement attendait plus d'un million de roubles pour le 13 juin. Une partie du butin fut blanchi par l'intermédiaire du Crédit Lyonnais et acheminé à l'étranger. Celui que l'Histoire allait populariser sous le nom de Staline, à savoir Iossif Vissarionovitch Djougachvili, n'a pas participé à l'action, celui que l'on nomme « Sosso » prépare et dirige sa bande à la façon d'un parrain.

Iossif, le troisième de la fratrie, né officiellement le 21 décembre 1879 à Gori, serait né en réalité le 6 décembre 1878, son père un cordonnier et homme violent pourrait bien ne pas être son géniteur, Iossif a des origines ossétes, ethnie haïe en Géorgie. En 1888, sa mère décide de l'inscrire à l'École paroissiale pour qu'il devienne évêque. Bon élève, il y fut repéré pour son beau filet de voix, il devint un enfant de chœur attitré qui n'aurait manqué une messe avec pour rien au monde. Élève brillant mais désargenté, une bourse lui fut octroyée. Au mois de janvier 1890 Sosso fut blessé en tentant de s'accrocher à un attelage, jeu en vogue parmi les enfants, il s'en tira avec un bras estropié à jamais. Cette même année, il dut apprendre le russe, langue rendue obligatoire, et assista impuissant à l'interdiction du géorgien et de sa culture au sein de l'établissement, il en éprouva un fort ressentiment. Sosso fut ébranlé lorsqu'il dû assister comme les autres élèves, à la pendaison de voleurs de bétail, des paysans sans le sou. Sosso surprit ses camarades en déclarant que Dieu n'existait pas, sinon comment expliquer autant d'injustices ? Fin de l'année scolaire de 1893, Sosso réussit son passage au séminaire de Tiflis, un établissement fréquenté majoritairement par des fils de popes et de la noblesse. Le séminaire allait contribuer involontairement à sa formation révolutionnaire.

Sosso commença à publier des poèmes dans un journal géorgien qui séduiront l'employé de banque d'État qui, plus tard, allait lui indiquer le « coup ». Pendant ce temps, Sosso dévorait en cachette des livres interdits : Victor Hujo, Zola, Balzac, Dostoïevski, puis Le Capital de Karl Marx, ouvrage qui le motiva pour apprendre la langue de Goethe. Surpris en pleine lecture, il fut puni, son classement s'en ressenti, il commença à perdre tout intérêt pour les études religieuses, pire ! il adhéra au Parti ouvrier social démocrate de Russie au cœur de l'été 1898. L'année suivante il était renvoyé pour ne pas s'être présenté aux examens, et une vingtaine de séminaristes furent exclus pour activités révolutionnaires. Sosso entra en clandestinité comme il était entré en religion, avec autant de ferveur, ce qui explique peut-être la politique anticléricale qu'il allait conduire jusqu'en 1943 (rétablissement du Patriarcat afin de ressouder le patriotisme russe contre l'Allemagne). Le 1 mai 1900, Sosso et quelques camarades organisèrent la mobilisation des ouvriers géorgiens qui paralysa la ville où il fut repéré comme meneur par la police du Tsar qui le surnomma le « Vérolé » en raison de son visage grêlé suite à une variole. A la même époque, un autre agitateur était à l'œuvre dans une autre ville, Bronstein alias Trotski, et nombre de révolutionnaires lisaient Iskra (étincelle), le journal de Lénine.

Au mois d'avril 1901, plusieurs milliers de travailleurs mécontents porteurs de vêtements rembourrés entonnèrent la Marseillaise, celle-ci à peine terminée, des échauffourées éclatèrent avec les Cosaques ; les vêtements épais avaient été recommandés pour amortir les coups... La loi martiale entra en vigueur et l'Okhrana, ancêtre de la Tcheka, était fermement décidé à écraser le mouvement dans l'œuf. Sosso allait vivre désormais dans clandestinité et faire usage de dizaines de pseudonymes, changer d'adresse régulièrement ainsi que de tenue, et aussi souvent d'apparence, parfois déguisé en femme. Cette vie de conspiration a très certainement contribué à sa paranoïa. C'est à cette époque qu'il commença à penser qu'il disposait d'un sixième sens infaillible pour repérer les traitres...

La ville de Batoumi fut couverte de tracts, des indicateurs et des directeurs d'usines furent assassinés, les hommes de mains de Sosso étaient à l'œuvre. Au mois de janvier 1902, les sites pétroliers des Rothschild et les sites des Nobel étaient en flammes. Fin février, les Rothschild licencièrent plus de trois-cents ouvriers qui se soulevèrent ; les meneurs furent emprisonnés et ceux qui tentèrent de les délivrer furent pris sous les tirs nourris de mitrailleuses. La police apprit que Sosso était l'instigateur des troubles, interpellé au mois d'avril, il fut condamné au mois d'octobre à trois années d'exil en Sibérie. Les mesures d'exil d'alors ne peuvent être comparées aux futurs goulags staliniens, il était possible de s'en évader à condition de disposer d'un pécule et de vêtements adaptés à la saison et aux contrées traversées.

Le 2 janvier 1905, Port Arthur se rendait au Japonais, une semaine plus tard des milliers d'ouvriers conduit par Gapone défilaient à Saint-Pétersbourg pour remettre au Tsar une pétition dont ils ignoraient tout du contenu. Deux-cents manifestants seront tués au cours de ce « Dimanche sanglant » qui allait enflammer la Russie. Le père Gapone recherché par la police, se réfugiera chez Gorki avant de rejoindre la Suisse où il rencontrera Lénine. Pendant ce temps, Sosso créait les escadrons de combat rouges en Géorgie qui allaient tendre des embuscades aux troupes fidèles au Tsar, piller les banques, exécuter les informateurs et les traitres, sans oublier de faire « cracher » au bassinet les entreprises pour leur propre sécurité... Au mois d'octobre, les bolcheviques et les mencheviques s'entendirent pour accroître la pression contre le régime. Le 26 novembre, Sosso fut désigné pour représenter la Transcaucasie à une conférence bolchevique à Saint-Pétersbourg où il fut accueilli par Kroupskaïa, l'épouse de Vladimir Ilitch Oulianov alias Lénine, qui lui remit un viatique afin de lui permettre de rejoindre la Finlande où il arriva le 24 décembre, période que choisirent les bolcheviques moscovites pour se soulever, le sang coula. Trotski arriva à Saint-Pétersbourg sous le nom de Yanowski en compagnie de sa femme et de Parvus. Le trio sera arrêté et condamné en 1906 à l'exil à vie, exil dont-ils s'évaderont et parviendront à rejoindre l'Europe.

Entre temps, Sosso était reparti pour Tiflis y reconstituer un nouvel escadron avec pour mission : l'évasion des prisonniers - s'emparer d'armes - attaquer les banques - éliminer les traitres. « L'Equipe » allait attaquer un train transportant la paye des mineurs et en reverser la plus grande partie à Lénine, n'en conservant qu'une faible partie pour préparer les « expropriations » (vols) à venir et financer l'impression des journaux clandestins. Le 4 avril 1906, Sosso embarquait pour assister au IVe Congrès à Stockholm (Suède) où il rencontrera Félix Dzerjinski, le futur fondateur de la sinistre Tcheka.

Au mois de juin, la Russie lançait l'emprunt international destiné à renflouer ses caisses, deux milliards de francs, emprunt qui laissera un triste souvenir à nos aïeux et qui sera utilisé pour la construction du transsibérien... Le 20 septembre, des hommes de Sosso embarquèrent à bord du vapeur Tsarévitch Gueorgui et s'emparèrent au milieu de la nuit des fonds appartenant au Trésor qu'il transportait ! Quelques jours plus tard un émissaire accomplissait une périple en Europe : Paris, Liège, Berlin pour y faire l'acquisition d'armes, la cargaison disparaitra avec le navire lors d'un échouage en mer Noire. L'émissaire fut envoyé auprès de Lénine et en revint avec quelques grenades.

Au mois de mai 1907, Sosso assistait au Ve Congrès à Londres qui réunissait : bolchéviques, menchéviques, bundistes, Lituaniens (Polonais), et Lettons, c'est à cette occasion qu'il fit la connaissance de Trotsky Si les bolchéviques et les mencheviks s'étaient entendus pour assassiner le général Fiodor Griazanov, la terreur du Caucase, la lune de miel était terminée. Les menchéviques adoptèrent la résolution qui condamnait les attaques de banques assortie de l'exclusion du parti. Sosso transmit la résolution au Comité bolchévique de Tilfis, les exécutants démissionnèrent du Parti avec l'accord tacite de Lénine qui avait approuvé l'attaque à venir. Sosso était de retour à Tilfis le 12 juin, la veille de l'attaque qui allait rapporter deux cent cinquante mille roubles. La police annonça que les numéros fiduciaires des billets de 500 roubles avaient été relevés ! Après en avoir maquillé les numéros et blanchi une partie, Sosso conserva quinze mille roubles pour ses actions en préparation, le solde fut transmis à Lénine.

Le 22 novembre, la jeune femme que Sosso avait épousé dans la nuit du 16 juillet 1906, Kato Svanidze, décédait du typhus à l'âge de 22 ans dans les bras de son mari, laissant un enfant. Le futur Staline (homme de fer) en fut très fortement ébranlé et son caractère s'en ressenti, on parlerait aujourd'hui à son égard de décompensation psychologique, Sosso allait devenir « Koba ». Lénine quittait la Russie au mois de décembre 1907 pour échapper à l'arrestation. La première révolution était défaite. En 1908, Koba fut arrêté et incarcéré à la prison de Bakou avant d'être banni, non pas en Sibérie, mais en Russie occidentale d'où il s'échappera en 1909 avant d'être de nouveau repris. Entre 1908 et 1917, il ne connaîtra que dix-huit mois de liberté. Le second épisode de la révolution bolchevique se préparait.

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